đŸ—ïž Comment naĂźt un livre dans le manoir ?



On m’a parfois demandĂ© comment naissent mes histoires.
Je soupçonne toujours la personne qui la pose d’espĂ©rer une rĂ©ponse rassurante.

Je suis désolée de vous décevoir.
Mais, chez moi, les histoires ne naissent pas d’une idĂ©e, ni d’un plan.
Elles naissent de mes cauchemars, nuit aprĂšs nuit.

Pas ceux qui font hurler en pleine nuit. Non. Les autres.
Ceux qui s’installent, qui reviennent.
Ceux qui prennent toute la place et me tapotent l’épaule.

Je les laisse souvent faire quelques nuits.
Je fais semblant de ne pas les remarquer.
Je prĂ©pare du thĂ© et Mr. Le Chat m’observe avec ce regard qui signifie clairement :
« Tu sais trĂšs bien que ça ne partira pas, Annette. Alors Ă  quoi bon faire ta forte tĂȘte ? »

Et il a raison. Comme toujours.

Chez moi, les personnages arrivent avant l’histoire.
Ils sont déjà là, debout dans le couloir, parfois assis sur mon lit.
Ils ne donnent pas leur nom tout de suite.
Ils ne me racontent pas ce qu’ils veulent.
Ils attendent que je comprenne seule.

On pourrait croire que j’écris pour comprendre mes cauchemars, mais, c’est faux.
J’écris pour leur donner une forme acceptable, afin qu’ils cessent de cogner de l’intĂ©rieur.

Dans ce manoir, une histoire est terminĂ©e quand elle n’insiste plus.
Quand elle cesse de revenir me chuchoter à l’oreille la nuit.
Quand elle me laisse dormir. Ou en tout cas négocier.

Ici, les fins heureuses ne sont pas une priorité.
Les fins honnĂȘtes, en revanche, le sont.
Je ne promets jamais que tout ira bien.
Je promets seulement que rien ne sera posé là par hasard.

Quant à la version Lollipop

On croit souvent qu’elle adoucit les choses.
Mais, c’est une erreur.
Elle ne retire rien. Elle filtre.
Elle laisse passer ce qui peut ĂȘtre lu sans perdre son chemin.
Et elle garde le reste pour l’imagination.

Si vous ĂȘtes tombĂ© sur l’un de mes livres, ce n’est probablement pas un hasard.
Mais ce n’est pas non plus une invitation pressante.

Prenez votre temps.
Regardez autour de vous.
Si quelque chose vous dĂ©range un peu, alors c’était sans doute Ă  sa place. Mr. Le Chat approuve ce message.
Il dort maintenant sur le manuscrit.
C’est gĂ©nĂ©ralement bon signe.

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